LE FABULEUX DISCOURS DE CLAUDE MERCIER

Discours d'inauguration du salon du livre de Saint Gervais... Une belle fable...

 
Depuis longtemps déjà, Neptune et Jupiter,
En dispute du pas et des droits de chacun,
Se tiraillaient entre eux, en bordure de mer,
Cherchant quelque profit mais n'en tirant aucun.
Neptune avait déjà envoyé l'Océan
Grignoter les sableaux des dunes de la côte
Juîter, fi des marées hautes
A bas flot envasait les lais de mer céans
Le manège durait déjà depuis des lunes,
Ni vase, ni tempête arrêtait la rancune.
Une île se formait, se détachait tantôt
Et lendemain se rattachait tout aussitôt.

Les étiers, en fort temps qui faisaient le gros dos
Ne savaient où pouvoir verser leur courant d'eau.
Ce faisait dans le sol d'assez larges fractures
Que les savants mortels appelaient échancrures.
Ils firent un congrès ou plutôt un concile,
Convoquèrent les Dieux de façon fort civile
Et d'une seule voix,
Parlant tous à la fois :
"Nous en avons assez de ce remue-ménage !
N'avez-vous point assez grand âge
Pour querelle cesser et bonne raison suivre !
Il nous faut terre et mer pour tranquillement vivre."
-"Moi, dit le Bec, mes lasses vont chercher les huîtres
Et pourtant je n'ai aucun titre.
-Et moi, cria le Champs, mes bateaux quoi qu'on dise
Partent chargés de marchandises.
- Moi, grâce à mes brochet et à leurs bons formats
Des bateaux je mesure le diamètre des mats.
- Et mois qui suit l'issue du fleuve Falleron,
Mes collets pour pêcher le poisson serviront.

"Regardez-nous un peu ! Voyez nos déchirures !
Nous en avons assez d'être des échancrures !"

Dans l'Olympe, les Dieux étaient tous rassemblés,
Les clameurs de la terre avaient bien redoublé.
Jupiter prit alors la décision sereine :
"Neptune mon ami, nos querelles sont vaines.
Laissons la mer, laissons la plaine
Laissons ces fractures d'où viennent
Librement les bateaux de mer
Et donnons leur un nom plus clair".

"Amis qui sagement en référez aux Dieux,
Pour qu'on vous donne un nom un peu plus judicieux
Plus jamais on ne vous traitera d'échancrures ;
Mais vous serez des ports." Et tous les gens le crurent.

Une petite voix s'éleva : "En principe,
Je ne suis pas un port, moi, la petite Louippe.
Mes bateaux sont au calme, au repos, ça me navre"
Eh bien tu ne seras pas un port, mais un hâvre !"

Et ainsi parla Jupiter,
A l'agrément des gens de mer

Parfois pour provoquer la sagesse des Dieux.
Il est bon que l'humain s'en préoccupe un peu.

 

Jean de LA FONTAINE de l'Ordre

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site